Voilà le type d'argument qu'on trouve chez certains verts.

"Le stockage en surface me semble plus dangereux qu'en sous-sol, particulièrement en cas de fuite(si/quand l'enveloppe craque, le sous-sol protège des radiations). A priori un stockage souterrain, avec des contrôles réguliers, offre plus de sécurité. A condition qu'il y ait contrôle, évidemment (mais c'est valable en surface). De plus,il faudra bien choisir un site. Il y a déjà beaucoup d'oppositions (justifiées!), alors pour un stockage a l'air libre... Financer la recherche, bien sûr. Mais rien ne garantit qu'on trouvera une solution,ni quand. Il faut donc prévoir (soyons pessimiste) l'éventualité de ne rien trouver. Donc stocker dans les meilleures conditions possibles. Si on conserve ça en surface, que se passera-t-il dans 1 ou 2 siècles? Où en serons-nous? Un stockage souterrain offre,au moins, une protection naturelle..."

On peut comprendre qu'une telle façon de poser le problème se perpétue sur la "liste de discussion Verte informelle" car c'est la rançon des élucubrations de Mme Voynet sur le "stockage géologique réversible"; on se doit de répondre pour éviter tout risque - ou toute tentative - de contamination : l'Est a trop connu cela pour ne pas mettre immédiatement en garde les sites granitiques ("Ni ici, ni ailleurs, mais autrement ..." !).

L'argumentation ci-dessus mêle en fait deux choses:

1) on envisage d'abord de faire jouer ce que l'ANDRA appelle la "barrière géologique" [cf : "si/quand l'enveloppe craque, le sous-sol protège des radiations"] <pendant un temps, faudrait-il ajouter, car comme dit Bataille - pourtant un nucléocrate avéré - dans son rapport de 96 à l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques : "La très longue durée de vie de certains des éléments contenus dans les déchets à très haute activité fait qu'il est impossible d'apporter la preuve qu'un type de confinement pourra rester efficace jusqu'à la décroissance totale de leur radioactivité">

2 Il propose ensuite de combiner à ce concept de sécurité passive plus qu'aléatoire un concept de sécurité active, reposant sur une intervention humaine en cas de problème au niveau du stockage même [cf : "un stockage souterrain, avec des contrôles réguliers"]

Le seul malheur est que les deux concepts sont contradictoires pour la bonne raison qu'on ne peut même pas prétendre compter sur la barrière géologique si on n'accompagne pas l'enfouissement d'un "scellement" (c'est le mot généralement employé par les techniciens et il est significatif), ce qui exclut toute récupérabilité réelle de colis devenus fuyards. Comme dit la Commission Nationale d'Évaluation dans son rapport sur la réversibilité, il s'agit d'aboutir à "un stockage géologique dont la vocation est d'être fermé pour bénéficier aussi rapidement que possible des dispositions de sécurité passive qui sont mises en oeuvre dans un tel stockage". La CNE va jusqu'à se demander si ce scellement nécessaire autorisera à poser même de simples capteurs pour se faire une idée de ce qui se passera au niveau des déchets ainsi enfouis, et cela à cause des systèmes de transmission de données car, comme dit encore le même rapport, il reste à "démontrer ... que l'implantation des capteurs n'entraînera pas un risque de cheminement préférentiel pour les radionucléides et les gaz".

On voit que ceux qui tablent un tant soit peu sur la "barrière géologique" pour empêcher la migration des radioéléments vers la biosphère ne peuvent du coup envisager "un stockage souterrain avec des contrôles réguliers" sans remettre en cause le principe même de la "solution" qu'ils proposent.

Dans ces conditions, l'enfouissement ne pourra s'accommoder de l'accès aux colis que très provisoirement (tant que la barrière géologique n'aura pas à entrer en jeu parce que les colis suffiront) mais il faudra assez vite sceller hermétiquement. C'est pourquoi, comme dit encore la CNE, "A plus long terme, et en particulier si l'intégrité de confinement des colis n'est plus garantie, le terme de réversibilité perd son sens propre."

C'est ce qu'a dit aussi, tout en soulignant que c'était inacceptable pour l'opinion, le "chercheur au Centre de Sociologie de l'Innovation de l'Ecole Normale Supérieure des Mines de Paris" que la Commission a auditionné avant son rapport : "Le principe de base de cette option est précisément l'irréversibilité du stockage" ou encore "Le stockage en profondeur doit être par définition irréversible". Et on a vu par ailleurs la fonction politique (de leurre) que M. Pierret assignait à la pseudo-réversibilité-en-situation-d'enfouissement : "Les enquêtes publiques ont cependant montré que la réversibilité était un élément décisif de la confiance des populations concernées, vous venez de le dire et l'un et l'autre <Préfet, Député, NDLR>, décisive <sic> de la confiance vis-à-vis de la construction d'un éventuel stockage souterrain. C'est pourquoi une irréversibilité immédiate <notez la précision, NDLR !> incluant la notion d'oubli et d'abandon n'est pas acceptable aux yeux du public .... La réversibilité est donc un moyen d'établir pendant plusieurs dizaines d'années, 50 je ne sais pas, pendant plusieurs dizaines d'années, la crédibilité des solutions techniques retenues pour un stockage et d'emporter la confiance du public." (Compte-rendu préfectoral de l'enregistrement des propos tenus le 15/11/99 par M. Pierret venu installer à Bar-le-Duc le Comité Local d'Information et de Suivi (Voir Pierret au CLIS)).

Qu'on trouve encore aujourd'hui des "écologistes" pour tenir, même de bonne foi, des propos fondés en fait sur l'idée d'un stockage géologique où l'accessibilité aux colis pourrait être maintenue prouve les ravages du discours de Madame Voynet quand elle s'est cru obligée, pour justifier sa signature, de parler de "stockage en profondeur réversible" (après avoir parlé de son refus du "stockage en profondeur irréversible", ce qui - nous l'avions dénoncé un an avant - revenait au même puisque cela suppose a contrario qu'il pourrait y en avoir un de réversible !).

En fait, une réelle réversibilité exclut l'idée de barrière géologique et c'est pourquoi nous opposons au stockage géologique (enfouissement) l'idée d'un stockage en subsurface, sans notion de barrière géologique, même s'il est enterré de quelques dizaines de mètres. Cet autre type de stockage repose effectivement, lui, sur une sécurité active impliquant une accessibilité permanente aux colis. On a déjà expliqué pourquoi le lobby n'en voulait pas (trop cher : ne permet pas de remplir une des exigences posées simultanément par la CNE : "maintenir des coûts qui assurent la compétitivité de l'industrie nucléaire", à cause bien entendu des frais de fonctionnement liés à une présence humaine permanente pour une surveillance assortie de la possibilité de renouveler aussi souvent et longtemps que nécessaire le conditionnement des colis, jusqu'à reprise définitive au cas où on aurait fini par trouver une meilleure solution).

Ceci dit une fois pour toutes. Il y a mieux à faire qu'à réfuter sans cesse - parce qu'un tel ou untel se sera laissé abuser et remettra cela sur le tapis - les foutaises des Longuet-Pierret-Voynet-etc.... sur le "stockage géologique réversible" (!).

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