LE CLIS ET LE CHEVALIER DE LA TRANSPARENCE

Le 15 novembre dernier se tenait en préfecture de Bar-le-Duc une grand'messe. Il s'agissait de mettre en place et d'officialiser le « Comité Local d'Information et de Suivi» lié au laboratoire d'enfouissement (CLIS),voulu par la loi du 30 décembre 1991 et le décret du 3 août 1999.

Les enjeux du « labo»

Grand'messe donc, d'autant que le secrétaire d'Etat à I'Industrie, Christian Pierret en personne avait fait le déplacement. N'alIez surtout pas croire que cette présence ministérielle était due au hasard, ou encore de pure politesse. Que non . Elle reflétait en réalité l'immense intérêt que portent les nucléo-technocrates et les décideurs politiques à l'enfouissement, seule méthode pour camoufler l'empoisonnant problème des pires déchets nucléaires. Mais, à cause de populations réfractaires, il leur faut en passer par un leurre (le pseudo- laboratoire) qui lui-même ne peut démarrer qu'après installation du CLIS
(décret du 3 août - article 12). *

Un aveu de taille

Comprencz-vous mieux à présent l'empressement de M. Pierret ?.. qui, de plus et comme les autres fossoyeurs, venait de connaître quelques sueurs froides. Figurez-vous que le Conseil
Général meusien, pour une sordide histoire de prime d'aménagement du territoire (en baisse), avait bloqué la mise en place du CLIS en refusant d'y siéger. Un beau chantage avec, à la clé, un aveu de taille du président R. Dumez : « le Conseil Général n'est pas satisfait (...) alors qu'au travers du laboratoire il a fait preuve d'une grande solidarité vis-à-vis de la Nation » (Est Républicain du 14 octobre 1999) *.
On ne peut être pIus clair : le labo, c'est un fardeau ôté à l'Etat (en échange de retombées financières) et non un cadeau fait aux habitants de la région.
Ceci dit, le gouvernement finit par lâcher un peu de monnaie, le Conseil Général cessa donc sa bouderie et, avec deux semaines de retard, le CLIS pouvait se mettre en place (et, avec lui, les travaux du « pseudo-labo » que l' Andra lançait dès le lendemain).

Vérités et transparence

Le CLIS aura-t-il quelque efficacité ? Les 93 représentants y joueront-ils leur rôle ? Les réunions seront-elles régulières (alors que la loi de 1991 -article 14- se contente de « au moins. deux par an» ?). Quoi qu'il en soit, la première rencontre du 15 novembre ne fut pas triste :
- D'emblée, l'enfouisseur C. Pierret exprima son soulagement en « saluant le grand sens des responsabilités des parlementaires et les efforts des présidents des conseils généraux ». Imaginons en effet le cours des évènements si ces élus étaient subitement devenus moins dociles...

- Le faux « second laboratoire », en site granitique, sera lui désigné l'an prochain
(voir pages Bretagne et Gard)
-  Le nouvel alibi de nombreux élus (et non des moindres), tout le monde le connaît à présent : la réver-si-bi-li-té. Là, C. Pierret a été très clair : « la réversibilité est totalement incompatible avec la sûreté d'un stockage » et « elle n'est qu'un moyen d'établir, pendant quelques dizaines d'années, la crédibilité des
solutions étudiées et la confiance des populations ». Alors, réversibilité ou attrape-couillons ? On remarquera d'ailleurs avec pertinence que si la loi de I991 parle de « stockage réversible ou irréversible » (article 4), aucune loi ou décret ne sont venus depuis abroger (supprimer) le terme « irréversible » , c'est dire...
- Evidemment, « un des aspects essentiels de la loi » (dixit le secrétaire d'Etat) ne pouvait être éclipsé : l'accompagnement financier qui sera de 60 millions de F par an (à peu près I 0 % du budget départemental) MAIS pour chacun des deux départements. Nul doute que le président B. Sido (Haute-Marne) va, par moralité, refuser cette carotte. Ne s'était-il pas exclamé devant le Conseil Général (21 décembre 1998) : « de toutes façons, ce laboratoire sera dans la Meuse et pas en Haute- Marne » ? Et puis, ces 60 MF (dont la loi ne touche pas un mot !) étaient prévus pour «chaque site d'implantation» (chaque «labo») et non pour chaque département.
- Le problème des sources radioactives dans le « peudo-labo »a rebondi sérieusement (voir article plus loin).
- La question de fond de ce dossier « enfouissement des déchets nucléaires » fut posée ce soir-là. C'est un paysan bien de chez nous, quelque peu ingénu mais riche de bon sens qui, à la suite d'un bref préambule, demandé : « Quand est-ce qu'on arrêtera de nous prendre pour des c... ? ». Vu la réaction épidermique des préfets et des élus pro-labo, la question a fait mouche.
- Terminons par le représentant gouvernemental qui, malgré un certain soulagement sait la partie loin d'être gagnée, aussi cherche-t-il encore à rassurer par un nouveau credo : la TRANSPARENCE. Et il 1'a mise à toutes les sauces dans son discours, jusqu'à la « transparence démocratique ». Mais trop, c'est trop, et mis le nez dans le caca à propos d'affaires pas très transparentes (camion de Langres, accord Andra- BRGM), C. Pierret prit la fuite prétextant soudainement un autre rendez-vous ; ce qu'un quotidien résuma ainsi : « un emploi du temps surchargé, c'est tout de même parfois bien commode » .
*ces documents sont à disposition auprès de votre collectif moyennant quelques timbres pour les frais d 'envoi.

Une démocratie rocambolesque

Utilisera-t-on des produits radioactifs dans le « pseudo labo » pour tester les argiles ? C'est curieux comme cette question, à priori anodine, a le don de fâcher Christian Pierret. « Aucune source radioactive ne pénètrera dans le laboratoire de recherche. Faut-il que je l'inscrive en lettres d'or sur mon front ? » s'emporta-t-il lors du récent point-presse du CLIS (Est Républicain du 27 novembre}.Enorme mensonge. Des sources radioactives entreront bien dans le programme d'expérimentation de l'Andra ; la loi de 1991 en laissait d'ailleurs la possibilité (article 11). C'est au cours de l'enquête publique, en 1997, qu'un document descriptif fut publié et, quelques mois plus tard (mars 1998), le préfet meusien adressait récépissé à l'Andra en réponse à sa demande d'utilisation de demande et de dépôt de sources radioactives. Voilà qui est on ne peut plus clair.
Entre alors en scène le CDR 55 qui s'interroge longuement sur ces sources : quels isotopes, toxicité, activité radioactive, nombre, risques, conduite en cas d'accident, etc.. ? Reçu au ministère de l'Environnement dès le 22 mai 1997 ses demandes sont transmises à l'Andra et à la DSIN (Autorité de Sûreté), tous deux sous tutelle conjointe de l'Environnement et de l'Industrie. Résultat ? Un silence persistant qui obligera le CDR a lancer nombre de rappels aux deux ministères, à l'Andra et à la DSIN (courriers postaux, électroniques, appels téléphoniques, interventions parlementaires). Interpellé sur la foire-expo de Verdun en septembre dernier (plus de deux années après la demande initiale !), le secrétaire d'Etat Ch. Pierret ne se justifiera que par un piètre : « je ne réponds pas aux tracts ou aux lettres circulaires »... Quant à l'Environnement, ça n'est que le 27 avril 1999 qu'il adressa ce message (électronique) au CDR : «  (...) votre demande (du 19 Septembre 1997) a été transmise à la DSIN, chargée de vous répondre directement (...) . La DSIN, il est vrai, n'a toujours pas donné suite à votre requête croyez bien que je le regrette. Votre récent appel téléphonique à ce sujet a d'ailleurs suscité de notre part une relance verbale au secrétariat du directeur de la DSIN. Cette nouvelle démarche ayant été une fois de plus vaine, je relance dès aujourd'hui par écrit, ce service. »
C'était le 27 avril 1999, depuis : rien. Révoltant. On vous crée un beau CLIS d'un côté (Information et Suivi du « labo ») et on vous refuse toute véritable info de l'autre et c'est ici que ça se passe, pas dans la lointaine Russie.

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