BURE : STOP ! Déchets nucléaires, ne pas enfouir !
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Neufchâteau (88)


Article paru dans l’Est républicain du 31 mai 98

Première page

La campagne lorraine des anti-nucléaire

Environ 2000 personnes étaient rassemblées hier à Neufchâteau « contre le projet insensé » de construire des centres de stockage des déchets nucléaires en grande profondeur. Trois sites de laboratoires souterrains ont été sélectionnés. L’un des sites est Bure (Meuse), à 40 km de Neufchâteau, où les militants se rendront aujourd’hui.

Page intérieure (Région)

Grande kermesse lorraine des anti-nucléaire

En prélude à la manifestation de Bure cet après-midi, l’ouverture des forums européens de « Terre Vivante » s’est faite en musique hier à Neufchâteau. Avec plus de 2000 personnes avant même le début des concerts.

Une partie de campagne

Le cadre est champêtre, les publics sont multiples et le soleil brille pour tout le monde.

Bonnet sur crâne tondu prolongé d’une mèche rouge, audessus d’une carrure de camionneur ; ou alors, petite dame grisonnante aux lunettes d’institutrice sage ; les anti-labo donnent dans le contraste. Pour la première journée de « Terre vivante », les publics ont confirmé cette multiplicité, hier après-midi. A vocation européenne, le rassemblement de Neufchâteau a fait confluer des Allemands, Belges et Autrichiens, tout aussi opposés que le collectif français à l’enfouissement des déchets radio-actifs. « Je suis contre le nucléaire car je ne sais pas si mon arrière-arrière-arrière,-arrière petit-fils sera d’accord pour traiter les déchets nucléaires », rappelle une affiche. Et tout le monde semble d’accord là-dessus.

Seule la méthode diffère pour le faire savoir. Entre le retraité paisible, en short estival, venu compléter son information aux forums abrités par deux chapiteaux, et la jeune militante à longue robe, épais brodequins, et cheveux aux vents, c’est pourtant la même fête partagée. Les papys donnent la préférence au débat.

Bénévolat à I ’honneur

Allongés benoîtement sur la pelouse devant l’immense scène, d’autres profitent de l’énergie solaire, sans modération. Après la détente, les baffles libèrent leurs décibels nocturnes. Entre les stands, un groupe échange ses « diabolos , en plein vol, ou des masses de jonglage. Le terrain est vaste, la promenade est lente d’un éventaire à l’autre. Le peintre de Rainville, Philippe De Belly, s’affaire sur une toile baptisée « L’irréversible dernier repas » . « Si je ne la vends pas, je la brûle. Une œuvre éphémère... »

« Je ne suis pas venu pour simplement regarder, je peux être utile ? ». Un militant propose ses services à Hervé Boyer, l’un des organisateurs. « On va te trouver quelque chose à faire, il y a encore des postes à pourvoir.,. » Ce sera pour diriger les voitures sur le parking ou pour couper le pain, du côté des barbecues. Le bénévolat est à l’honneur, la barbe des babas cool en frémit de souvenirs attendris. Le chapeau de paille de Sim, pur produit post soixante-huitard, se balade : « Allez les Meusiens ! » Ça fait sourire, complices, les gens rangés. Qui ont pris sur eux de se montrer, quand même, à cause des futurs arrièrearrières, et beaucoup de fois arrières, petits-enfants : « Autrement, ce serait à eux de nettoyer nos saletés. »

B.P.


Festival sans déchets

Le rassemblement des anti-labo fut aussi celui... d’aficionados de son.

« Terre vivante », festival de musique aussi. Avec dix concerts programmés,l’aérodrome de Neufchâteau a pris des allures d’Eurockéennes. Le tout en plus petit, bien sûr. Mais tout y était : les bons groupes, le bon public. Et les incontournables scènes... à la Woodstock.

Bien entendu, quelques esprits chagrins ne manqueront pas de signaler qu’on attendait beaucoup plus de spectateurs. Pauvres gens ! Ceux qui étaient là en tout cas n ’y ont pas fait gaffe, concentrés sur la musique. En famille, avec tous les copains de la bande.Où entre amoureux.

Alain Eckert et Serge Bringolf ont entamé les hostilités. Ces pointures du jazz-rock progressif ont laissé la place au groupe Arfi et à son folklore imaginaire, puis, Miguel M and the Brachay’s Blues Band. Le groupe haut-marnais a la cote. On n’a pas été déçu. MiguelM, chanteur et guitariste hors pair, a distillé son jazz électrique à la perfection. Prouvant par la même que ce n’était pas pour rien qu’il avait assuré les premières parties de quelques grands : Lucky Peterson, Bernard Allison...

Citoyen et non commercial

Bref, 18 h n’étaient pas tombées ; Et, chacun sur l’aérodrome, savait qu’il allait passer une bonne soirée, jusque tard dans la nuit. Avec la world de Nam ou le rock appuyé des petits indiens... « Je suis ici avant tout pour la musique », devait témoigner Ali, venu spécialement de Fribourg pour écouter The Young Gods, l’un de ses groupes favoris. « J’ai laissé femme et enfants à la maison et j’ai pris ma voiture. » « Je suis vraiment loin d’être déçu », reprend celui qui s’avère pourtant être un habitué des Eurock’ ou du festival de Paleo en Suisse. « Pour une première expérience,c’est vraiment bien. » Du coup, Ali espèce que le festival des antilabos sera reconduit. « Je suis sensible au problème des déchets. Et on pourrait imaginer que, chaque année, les opposants se retrouvent le temps d’un festival... citoyen, et non commercial comme c’est souvent le cas. ». A minuit, sonna enfin l’heure de la techno-trance...

E.D


Explications et pétitions.

Du côté des stands des associations les militants jouent la pédagogie. Pour convertir un public acquis .

Pour les associations, la journée est placée sous le signe de la pédagogie, de l’information, mais aussi des... signatures de pétitions. En provenance de toute la France mais aussi d’Europe, les assoc’ ont trouvé le public idéal. Acquis. Prêt à soutenir le combat.

Parmi les plus grands, bien sûr : le collectif national contre les enfouissements des déchets radioactifs, incontestable vedette du rassemblement. Et Greenpeace, plus modeste, mais ayant sorti les gros moyens. Pourtant, cette première journée de « Terre vivante » a aussi permis à de plus petites structures associatives de faire entendre leur voix.

Parmi elles, le collectif « Stop Mélox, stopMox », soutenu à Neufchâteau par son président Marc Faivet et son épouse Christine. « Nous sommes venus du Gard pour soutenir l’action des anti-labos. Mais aussi pour parler de notre combat à Marcoule. » « L’usine Mélox de Marcoule fabrique du Mox, mélange d’oxyde d’uraniumet d’oxyde de plutonium. Et tout cela, parce que, depuis la fermeture de Super Phénix, on ne sait pas quoi faire du plutonium qui vient deLa Hague », reprend Christine Faivet. « Du coup, le collectif a porté plainte contre le gouvernement ; nous avons perdu et avons été condamnés à payer 10000 F... à la Cogema. Cela se réglera devant une cour de justice européenne. »

Des élus locaux

Autre injustice, celle des Meusiens depuis le fameux vote de leur conseil général en novembre 93. « A l’unanimité, ils se sont exprimés pour le projet de laboratoire. Et ce, sans nous concerter », explique Raymond Andrien, conseiller municipal de Trémont-sur-Saulx. « Depuis, nous nous sommes montés en association pour faire reconnaître notre légitimité, et entendre notre refus. » Depuis, les élus meusiens ont réussi à collecter quelque 1.300 signatures de leurs collègues, 2.000 avec les délibérations des conseils municipaux.

« Finalement, il aura fallu attendre avril 97 pour que le conseil général nous considère comme des interlocuteurs. Mais cela n’a servi à rien. » Du coup, les élus meusiens continuent leur combat. D’ores et déjà, ils ont réussi à convertir un conseiller général et un conseiller régional... A quand la même chose dans les Vosges ? « C’est bizarre, mais ici, aucune association n’a vu le jour ». Manque de motivation ou autre stratégie. Les maires anti-labos vosgiens ont encore une journée pour faire leurs preuves...

ED


L’appui des scientifiques

Dans les forums, des autorités reconnues disent leur méfiance quant à l’enfouissement irréversible.

C’est quand même pour cela que le rassemblement est organisé : démontrer une opposition massive aux projets de laboratoires souterrains, que ce soit à Bure dans la Meuse, à 35 km de Neufchâteau, mais aussi dans la Vienne ou dans le Gard, eux aussi pressentis. Les orateurs ont sorti leurs arguments. Les invités étrangers, y compris les Japonais, expliquent que, chez eux, on se bat contre l’enfouissement. Des exemples à la volée : « J’étais à une réunion EDF. Eux aussi, ils étaient anti-nucléaires, mais c’était à guichet fermé, une réunion interne. » Dans l’assemblée, un doute fuse : « Ouais, ça devait être des nostalgiques des barrages hydrauliques. » Les jeunes gens sont invités à bien travailler à l’école : « Potassez vos maths, devenez des scientifiques des énergies renouvelables. Je vous garantis que ce sont des métiers d’avenir, d’ici pas longtemps j’espère... Enfin, c’est ce que je disais déjà il y a dix ans. »

Des spécialistes, il y en a pour animer les débats. Comme Maryse Arditi, docteur en physique nucléaire : « La seule fois où l’Assemblée nationale a été saisie sur le nucléaire, c’était à propos de l’élimination des déchets, Ça prouve bien que politiquement, c’est le point dur. »

Plein de millions

Le débat serait faussé dès le départ : « On a dit : je mets plein de millions sur la table, ramenez-nous des endroits où les gens sont d’accord pour un centre d’enfouissement. C’est comme cela que le Gard est revenu comme site possible, alors qu’il avait auparavant ,été écarté pour des raisons géologiques ! »

Monique Sene est présente, elle aussi. Ancien chercheur au Collège de France, expert en physique des particules, animateur du Groupement de scientifiques sur l’information en énergie nucléaire, elle était déjà venue à Neufchâteau, à l’invitation du collectif, au tout début du projet de laboratoire à Bure. Elle redit sa méfiance.

Le public participe. Ça peut même tourner à la petite annonce : « Nous sommes dans une éco-ferme, nos batteries sont mortes. Vous connaissez une maison qui fabrique des batteries bon marché, adaptable sur des panneaux solaires ? » Réponse des scientifiques : il faut qu’ elle contienne beaucoup de plomb.

B.P.



Echos

ELECTRICITE

Parmi les associations présentes, on notait curieusement le collectif des ex-occupants d’EDF-Barbès. Ceux qui luttent dorénavant contre les pratiques de l’entreprise envers ceux qui ne peuvent pas payer leurs factures ont expliqué aux visiteurs comment lutter. Payer le montant des factures en petite monnaie, rédiger ses chèques sur papier libre : les pistes sont nombreuses. Plus sérieusement, les ex-occupants d’EDF-Barbès sont venus parce qu’ils sont contre nucléaire et contrel’hégémonie de ce dernier dans les choix d’EDF. Pour les énergies nouvelles, prière de se rendre sur les stands voisins.

MUSIQUE

La musique continue aujourd’hui avec quelques petits concerts. A 15h30, Quelques Fiers Mongols lanceront les hostilités façon « Led Zeppelin en fanfare » ! Ils seront suivis de Ballester, Lorenzini, Mille, Toullec (jazz). Viendront après Michel Besson (accordéon-jazz) ; Philippe Mace trio(jazz), Les Pires(folklore imaginaire breton-tzigane) et les Atomic Kids (rap fusion).

Sans oublier bien sûr de nombreuses performances d’artistes tout au long de la journée : clownanalyste Victor , Les Brankignols...

ET LE BIO ?

Curieusement, peu de boutiques bio à « Terre vivante ». A part quelques produits italiens, un peu de pain artisanal. Bref, les visiteurs ont dû se contenter de traditionnelles merguez, saucisses-frites, sodas, bières. Les puristes doivent donc amener leur panier-repas. Pour déguster en toute tranquillité leurs salades du jardin.

Bure : le programme

13 h : Rendez-vous sur le site.

13 h 30 : Témoignages des délégations étrangères sur la problématique des déchets nucléaires, les projets d’enfouissement dans leur pays respectifs et leurs luttes.

14 h 30 : Proclamation solennelle de la « Déclaration des responsabilités des générations présentes envers les génération futures » adoptée par l’UNESCO en novembre 1997. Les articles de cette déclaration seront lus par des personnalités.



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