BURE : STOP ! Déchets nucléaires, ne pas enfouir !
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GEOTHERMIE / Bure : l’enquête qui dérange

REVUE DE PRESSE

EST REPUBLICAIN / 29.12.12


Le combat des opposants au projet de stockage de déchets hautement radioactifs à 500 m de profondeur dans la Meuse près de Bure va rebondir du côté de la géothermie (*). Sur la base de l’enquête menée depuis de nombreuses années par Antoine Godinot.

À l’image du travail de Bertrand Thuillier, sur les risques liés à la manipulation des déchets pour les enfouir, Antoine Godinot a ciblé la géothermie en travaillant sur « les informations données par l’Andra, le BRGM, l’Autorité de sûreté nucléaire et l’IRSN. »

Selon lui, « l’Andra a occulté délibérément le potentiel géothermique de la région de Bure où ils veulent installer le stockage géologique. Leurs données sont fausses et leurs enquêtes contiennent un grand nombre de malfaçons pour ne pas remettre en cause le choix du stockage à Bure. Pour cela, il fallait minimiser la richesse de la ressource géothermique du lieu. On sait bien que ce qu’une loi a fait, seule une loi peut le défaire.
Aujourd’hui, malgré le potentiel géothermique, le principe du stockage est acté. Or il est basé sur un mensonge et il va à l’encontre d’un principe de la loi : il ne peut y avoir de stockage de déchets radioactifs à l’aplomb de ressources potentiellement exploitables », explique Antoine Godinot qui a développé les études d’un géophysicien André Mourot. Il dénonce le temps « extrêmement long qu’il a fallu à l’Andra pour accepter de procéder au forage afin de vérifier les atouts géothermiques.

Pourquoi avoir attendu la loi de 2006 pour commencer en juin 2008 ? Quand ils ont eu les résultats, ils ont affirmé que les données n’étaient pas bonnes. Or leurs résultats sont contradictoires et une analyse d’ensemble montre que la géothermie sous Bure est au moins aussi bonne, voire meilleure que celle issue des forages en région parisienne.

L’Andra et ses soi-disant contrôleurs estiment qu’il n’y aurait pas d’eau. C’est faux. Dès 1979, un rapport du service géologique de l’État, carte à l’appui, soulignait un potentiel géothermique important en Meuse et Haute-Marne et notamment autour de Bure où ils ont choisi d’installer le futur stockage », continue Antoine Godinot, en estimant que « le forage a été saboté car les appareils utilisés n’ont pas été nettoyés et étaient plein de boue. »

La loi n’est pas respectée

À ses yeux, la loi n’est pas respectée. « Si on met des déchets nucléaires là, on cherche les ennuis car des gens auront, sûrement un jour, envie d’aller chercher le potentiel géothermique qui s’y trouve. Là, on va neutraliser le site et donc l’énergie qui se trouve en dessous. »

Antoine Godinot concède néanmoins qu’il sera possible d’exploiter une partie de ces ressources avec des forages voisins. « Mais on se priverait du lieu qui a le plus de potentiel ! »

N’espérant rien du débat public prévu en 2013, des associations opposées au projet de stockage en Meuse se sont donc emparées du dossier. Avec Réseau Sortir du nucléaire, Cedra, Asodedra, les Habitants vigilants et Mirabel Lorraine nature Environnement, Nadine Schneider (Bure Stop 55) annonce des actions : « Avec ce travail, se pose la question de la confiance en l’Andra. Dès que quelque chose la dérange, c’est gommé. Elle est juge et partie car elle fait, à la fois, des recherches et doit gérer le stockage. La parole scientifique de l’Andra est mise en cause. Nos juristes et avocats viennent de la mettre en demeure de s’expliquer et nous leur demandons 10 000 € de dommage et intérêts. Les réponses qu’ils nous fourniront ne seront sans doute pas, comme toujours, acceptables. Ils ne vont pas reconnaître leur faute grave. Nous les assignerons devant le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc car il y a tromperie. »

Sébastien GEORGES

* La géothermie consiste à prélever par forage de l’eau naturellement chaude en profondeur (entre 300 m et plus de 2000 m) pour la faire passer dans des générateurs récupérant l’énergie qu’elle contient avant de la renvoyer froide dans la couche aquifère.

L’Andra réfute la manipulation

Sans surprise, l’agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) ne partage pas l’analyse d’Antoine Godinot et des opposants à son projet qui l’ont mis en demeure de « reconnaître sa faute grave ». Si son service communication annonce qu’une réponse technique sera apportée aux avocats qui l’ont saisi, Patrice Lebon, son directeur adjoint de la recherche et du développement, se dit surpris : « Nous avons déjà été interrogés par le Comité local d’information et de suivi (CLIS) sur ce sujet. Il a eu accès à l’ensemble des documents et les photos publiées et reprises ne sont pas nouvelles. Il y en a d’autres qui ne sont pas montrées. Je comprends mal que l’on puisse nous accuser de cacher des informations. Le potentiel géologique n’existe pas selon les résultats des forages et les analyses menées ». L’Andra annonce avoir mis à la disposition du Clis et de ses évaluateurs des morceaux du carottage effectué. « Cela illustre aussi les résultats que nous avons justifiés et je comprends mal ces accusations. Sur la boue dans le matériel, le forage a justement montré qu’à ce niveau de profondeur la roche n’a pas les qualités nécessaires pour permettre la mise en place d’une géothermie efficace. Je rappelle qu’il faut créer deux forages, un d’extraction d’eau et l’autre pour la renvoyer. À cette profondeur, il y a beaucoup de pression et le test a montré l’instabilité du forage en raison d’un grès sale et argileux, beaucoup plus difficile à travailler que celui qui permet de faire des prélèvements géothermiques du côté de Nancy ou alimenter des communes en Moselle. » Patrice Lebon estime également que le forage pour évaluer la géothermie sous Bure a été étudié à la loupe par des observateurs indépendants. « Il a révélé qu’il y avait peu d’eau et donc que ce n’entre pas dans les règles édictées par la loi. Nous sommes sous les niveaux de ce que l’on trouve en région parisienne que ce soit pour la chaleur et la quantité d’eau que l’on peut prélever. En général, on travaille sur un retour sur investissement de sept à dix ans pour ce type d’installation. À Bure, on serait très loin de cela en raison de la qualité de l’eau (très salée, 66 degrés soit une température inférieure à la région parisienne alors que l’on est à 1900 m) mais aussi de la nature de la roche ».



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