Arrêter Bure...et sortir du nucléaire

Où en est-on de la sortie ?

L'annonce récente de la réorganisation et du renforcement de la filière nucléaire par le gouvernement français n'est pas surprenante. Objectif : "conforter son avance et son leadership mondial en la matière". Voir le communiqué des Verts (novembre 2000)

Quelques constats :

L'exploitation du phénomène de l'effet de serre est opportune. Selon C. Pierret (secrétariat d'État à l'Industrie) dans une interview à l'Est Républicain aujourd'hui : "Pourquoi réaccélérer en France sur le nucléaire alors que l'Allemagne montre la voie de la sortie ? Parce qu'aux États-Unis, en Inde, en Chine et dans tous les pays qui veulent lutter contre l'effet de serre, on s'intéresse très fort au nucléaire. Alors qu'il y avait fléchissement sur la question chez nous, il y a maintenant un retour sur cette question."

La réussite de cette refonte s'appuie sur une évolution des mentalités par rapport à l'opacité du nucléaire.

Toujours selon C. Pierret : "... Donner à cette filière une logique industrielle, une lisibilité dans l'organisation, une transparence -indispensable dans le nucléaire-..."

Quelques réflexions :

1 - Le ton est donné et le "loup sort des bois" :

Le gouvernement de Jospin renforce et bétonne son outil de production énergétique, et ce, avant de mettre en oeuvre l'hypothétique débat sur la politique énergétique tant annoncé et jamais autant compromis.

Le lobby nucléaire en se défragmentant et en se rassemblant au sein d'un groupe unique devient nouvelle puissance dans l'État.

2 - Parallèlement aux restructurations et refontes techniques et financières de cette branche industrielle, on s'appuie sur l'INDISPENSABLE évolution de l'image de marque soigneusement orchestrée par le gouvernement pluriel. (Indispensable face à l'émergence inattendue ces dernières années, d'inquiétudes au sein de l'opinion publique et des médias).

Qui a apporté la notion de transparence en matière de nucléaire ? Qui a préparé ses applications ? Comble de l'infortune aux effets pervers, il pourrait s'agir du ministère de l'Environnement !

3 - Quelles perspectives de contre-pouvoirs antinucléaires aujourd'hui ?

Après les indispensables permis obtenus sans problèmes au sein du gouvernement pluriel, ces trois dernières années, pour exemple : mox, démarrage de quelques nouvelles tranches de réacteurs, mise en chantier du premier des indispensables centres d'enfouissement de déchets hautement radioactifs, renouvellement et hausse d'autorisation de rejets à La Hague etc. etc..., l'opposition antinucléaire n'a pu que prendre acte de l'inévitable et formidable avancée de l'industrie nucléaire.

Où en est-on de l'opposition ?

Citoyenne elle s'exerce sur le terrain, elle se fédère maintenant en réseaux d'associations.

Mais vers quelle représentation politique les citoyens peuvent-ils se tourner aujourd'hui ?

Qui croire ? Que croire ?

Où sont les représentants politiques des électeurs soucieux de l'environnement et sensibles aux risques du nucléaire ?

Où en est-on de la crédibilité du seul Parti (les Verts) qui pouvait rassembler et cristalliser les oppositions saines et légitimes des antinucléaires actifs et des citoyens inquiets ?

Où en est-on de la fameuse ligne jaune à ne pas franchir, sceau des accords Verts/PS ?

La poursuite du nucléaire est en bonne passe, et, comble de l'ironie, sera forte des cautions indirectes et répétées apportées par une Ministre... verte...

Rien -erreur de discernement ou de stratégie, maladresses, éloignement des réalités de la base etc.-, rien ne peut justifier une telle incohérence.

Fallait-il vraiment en passer par toutes ces "couleuvres" pour ce résultat-là ???

De quoi les futurs accords pluriels pourraient-ils bien être faits, à l'aube du renouvellement gouvernemental ! Les jeux ne sont-ils pas déjà bien engagés sur le domaine du nucléaire ?

Qui pourrait croire encore à un virage significatif en matière de politique énergétique, et à un retour à la raison et au bon sens des partis, toutes couleurs confondues ? Alors que tous les acteurs politiques au sein du gouvernement actuel parlent un seul langage ?

Alors qu'il faudrait être de plus en plus fort pour activer la mise en oeuvre de sortie du nucléaire, on peut avoir le sentiment que l'opposition n'a jamais été autant fragilisée.

Faut-il radicaliser les luttes de terrain ?

Préparons L'été à Bure en 2001