Une mission de Greenpeace révèle l’héritage nucléaire :

DES MILLIERS DE FÛTS DE DÉCHETS RADIOACTIFS

ROUILLENT AU FOND DE LA MER

Paris, le 19 juin 2000 - Greenpeace a diffusé aujourd’hui de nouvelles images de l’héritage radioactif laissé par des décennies d’immersion de déchets radioactifs à partir de navires. Ces images choquantes ont été prises dans la fosse des Casquets, dans les eaux territoriales britanniques, à proximité des îles anglo-normandes et quelque 15 km au nord-ouest du Cap de La Hague. Elles montrent des fûts de déchets radioactifs rouillés, cassés et désintégrés, quelques-uns parmi les 28 500 fûts qui ont été jetés en mer par le Royaume-Uni entre 1950 et 1963. La fosse des Casquets est l’un des nombreux sites utilisés pour l’immersion de déchets radioactifs avant qu’une interdiction complète n’ait été conclue en 1993 (1).

Deux navires de Greenpeace, le MV Greenpeace et le Twister, ont passé les deux dernières semaines à explorer les fonds marins à des profondeurs atteignant une centaine de mètres. Après la localisation des fûts de déchets radioactifs, un véhicule commandé à distance équipé de caméras a été descendu vers le fond pour permettre une inspection plus précise.

“Bien que l’immersion de déchets radioactifs à partir des navires soit maintenant interdite, de manière paradoxale, l’évacuation de déchets radioactifs, à partir de conduites de rejets en mer situées à terre, ne l’est pas” a indiqué Jean-Luc Thierry, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France. “Ce ne sont pas des considérations scientifiques ou techniques qui amènent à faire deux poids deux mesures, mais seulement la volonté des exploitants des usines de retraitement de La Hague en Normandie et de Sellafield au Royaume-Uni de faire des économies.”

“Il est plus économique pour eux de continuer à utiliser la mer comme une poubelle radioactive que d’entreposer ces déchets à terre ; pour l’industrie nucléaire, l’argent est le plus important, l’environnement passe ensuite” a ajouté Jean-Luc Thierry. (2)

Greenpeace diffuse aujourd’hui ces images parce que “la semaine prochaine va offrir une chance historique d’interdire l’évacuation de déchets radioactifs à partir de conduites de rejet en mer.” Greenpeace soutient une initiative du Danemark, de l’Irlande et d’autres pays qui vise à harmoniser la réglementation internationale en interdisant toute immersion de déchets radioactifs, que ce soit à partir de navires ou de conduites de rejets en mer situées à terre. (3)

Chaque année, les énormes usines européennes de retraitement rejettent en mer des centaines de millions de litres de déchets radioactifs. La quantité de radioactivité rejetée en 9 mois par les usines de La Hague et Sellafield représente l’équivalent de celle qui a été immergée dans la fosse des Casquets.

…/…

Pour Jean-Luc Thierry “la fosse des Casquets et les autres anciens sites d’immersion de déchets radioactifs témoignent de l’irréversibilité de l’évacuation en mer des déchets radioactifs – que ce soit à partir d’un navire ou d’une conduite de rejet.” Emportée par les courants marins, la radioactivité issue de La Hague et de Sellafield a déjà été détectée dans des organismes marins près des côtes de Scandinavie, d’Islande ou dans l’Arctique et elle continuera de se concentrer dans la chaîne alimentaire et de menacer la santé de millions de gens, si l’on ne met pas immédiatement un terme aux rejets.

Pour plus d’information :

Jean-Luc Thierry, 06 15 91 02 37 ou Laurence Mermet, 01 53 43 85 88.

 

(1) Selon l’Inventaire des déchets radioactifs dans l’environnement marin de l’Agence internationale de l’énergie atomique, la quantité totale de radioactivité présente dans la fosse des Casquets se monte à 57 942 gigabecquerels. En 1993, les Parties contractantes à la Convention de Londres, le traité des Nations Unies qui réglemente l’immersion des déchets radioactifs, a interdit l’immersion de tous déchets nucléaires à partir de navires, d’aéronefs, de plates-formes ou d’une quelconque construction humaine située en mer. Toutefois l’accord ne s’applique pas à l’évacuation de déchets radioactifs à partir d’une conduite de rejet en mer située à terre.

 

(2) Les usines de La Hague et de Sellafield sont responsables d’environ 90% de l’ensemble des déchets radioactifs rejetés dans l’environnement en Europe.

 

(3) A la réunion annuelle de la Commission Ospar, l’organisation intergouvernementale qui réglemente la pollution marine dans l’Atlantique Nord-Est (de Gibraltar jusqu’en Arctique), le Danemark, l’Irlande et d’autres pays proposent d’interdire le retraitement nucléaire dans cette région. Les Etats membres de la Commission OSPAR sont : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Islande, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse ainsi que l’Union européenne. Une majorité des trois-quarts est nécessaire pour l’adoption de la proposition. Le Danemark est l’hôte de cette réunion qui se déroulera du 26 au 30 juin à Copenhague.

Pour plus d’informations sur la réunion de la Commission Ospar :

www.greenpeace.org, www.ospar.org