Un cloaque politique
(Extrait de "La lettre de Bure 6": Pour obtenir cette revue par courrier: cliquer ici )
Lionel Jospin en avait décidé ainsi le 9 décembre 1998 : il y aura deux laboratoires d'enfouissement, aux sous-sols différents. Si le premier était alors désigné, Bure à la jonction de Meuse/Haute-Marne/Vosges, le second attendra le 3 août 1999 pour voir nommer trois colporteurs (la "mission granite") chargés de vendre le paquet cadeau. Une véritable fronde se leva alors du grand Ouest au Massif Central, avec une telle ampleur populaire que les élus locaux emboîtèrent le pas illico. Grâce à l'expérience, aux dossiers et aux interventions des "anciens" (Bure, Vienne, Gard) et des plus anciens encore, les intéressés avaient vite saisi l'entourloupe camouflée derrière le beau labo et ses valises de billets.
Résultat : la "mission granite" constatait son échec dans un rapport remis au gouvernement le 27 juillet dernier.
Analyse
Victoire ? Certes les pouvoirs publics ont cédé devant la pression populaire, démontrant d'ailleurs par là aux plus fatalistes qu'une mobilisation des citoyens peut repousser les projets les plus fous. Néanmoins qu'on ne s'y trompe pas, la recherche d'un (ou plusieurs) site(s) granitique(s) reste toujours d'actualité. Il n'est, pour s'en convaincre, que de lire la conclusion du communiqué interministériel du 27 juillet (Industrie, Recherche,et... Environnement) : "(les 3 ministres} ...réaffirment l'attachement du gouvernement à toutes les voies de recherche (notamment} sur le stockage réversible en profondeur sur deux sites géologiques différents. " On ne peut être plus clair !
Raison de ce cinéma ? Politique, comme le résumait dès le mois d'avril la députée Michèle Rivasi : "A Matignon, ils sont très inquiets. lls ne s'attendaient pas a une rébellion d'une telle dureté. Jospin a dit qu'il fallait calmer le jeu, les élections municipales approchent et la plupart des coins concernés sont socialistes" (Libération des 15-16 avril 2000). C'est ainsi, exemple parmi bien d'autres, que l'on vit le n° l du PS -FrançoisHollande- député de Corrèze (concernée) voter au Conseil Régional du Limousin (dont il est également vice-président) une motion vigoureuse contre l'implantation d'un tel laboratoire là-bas [invité à présenter ses arguments devant le CLIS de Bure, Monsieur Hollande n'a pas encore trouvé le temps de se manifester]. "Le problème c'est que tous ces élus sont contre localement mais pour a l'Assemblée Nationale, ironise-t-on au ministère de l'Environnement"(cf Libération). Stupéfiant, mais pourtant bien réel, comme l'a récemment avoué au micro de Radio France Creuse Monsieur Pierre-HenriGaudriot (dont nous aurons l'occasion de reparler), vice-président du Conseil Général de Creuse : "(..} beaucoup de mes collègues prennent une position officielle publique facile, et en privé tiennent d'autres propos (..} la plupart des hommes politiques n'ont aucun courage pour exprimer clairement leurs opinions ( ..}"
Et maintenant ?
Ah les beaux politiques que voilà. Rien n'est donc gagné, tout juste un gel temporaire pré-électoral donnant le temps au gouvernement de cogiter sur "une réflexion plus générale qui sera menée sur les conditions et les modalités de la concertation, ainsi que sur l'information de l'opinion" (conclusion du communiqué interministériel du 27 juillet). On voit donc que le temps de ranger les fourches n'est point encore venu et que, partout, mobilisation et actions devront rester à l'ordre du jour. Et s'il appartiendra à la prochaine réunion de Coordination Nationale de dresser une stratégie, il paraît incontournable de "travailler" les décideurs-élus : leur faire prendre réellement position (par exemple en adhérant a la Coordination des Elus), les faire agir face a la loi Bataille de 1991 (devenue caduque puisqu'elle obligeait à des laboratoires), pousser députés et sénateurs à travailler à la suppression de la voie de laboratoire-enfouissement tout projet de loi de gestion des déchets nucléaires.